Willy était mon beau-père. Il aimait téléphoner aux siens, et eux aimaient pouvoir l'appeler. Il voulait voir sa petite-fille. Quand on lui demandait comment il allait, il ne répondait jamais « ça va ». Il répondait « tirando » (Argentine) — on fait aller. Ironie d'un homme qui n'aimait pas se plaindre.
Parkinson lui a peu à peu volé l'usage de son téléphone. Faux contacts, appels accidentels la nuit, SMS d'arnaque qu'il prenait au sérieux. Il s'est mis à râler, et nous aussi — sa famille, ses proches, ses amis qui n'arrivaient plus à le joindre. La maladie isole dans les deux sens.
Un jour il a dit « fais quelque chose ». Je suis ingénieur, j'ai cherché. Rien n'allait — les téléphones senior ne sont pas des téléphones, ce sont des objets pour malades. Alors j'ai construit ce qu'il demandait.
Willy est mort avant de voir la version finale. WillyPhone continue. Il aurait aimé ce dénouement.